Il y a dix ans plus ou moins jour pour jour, j'étais encore en humanités ; je changeais pour la deuxième fois de classe et pour la quatrième fois d'option, afin d'éviter d'avoir un professeur de français qui m'avait littéralement harcelée moralement l'année précédente. J'en en étais devenue malade. J'avais des crampes à l'estomac avant son cours, je faisais des crises d'angoisse. L'enseignant ne cessait de me dire que je n'arriverais à rien dans la vie, que j'étais handicapée, que je ne comprendrais jamais la littérature, que je n'avais aucun avenir. Le professeur me mettait volontairement en échec et ne s'en cachait même pas. Certains professeurs étaient au courant de ce harcèlement, mais ils laissaient faire leur collègue, sans rien dire.

Dix ans se sont écoulés. En changeant d'option, j'ai rencontré des professeurs et des condisciples formidables. Poussée par mon nouveau professeur, j'ai même étudié les romanes à l'université. Il y a peu, je suis retournée dans mon école à cause de quelque paperasse administrative, et j'ai revu mon professeur-tortionnaire. Oui, dix ans se sont écoulés, des trains ont roulé sous les ponts et je me suis reconstruite. Pourtant en voyant ce professeur, mon coeur a sursauté, et lorsque nos regards se sont croisés, mes jambes ont tremblé.

 

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